Chronique de l’indépendance : La déco

Ma mère est très forte en maximes de vie ; je crois que c’est quelque chose que je reprendrai plus tard pour mes futurs enfants. Car lorsqu’elle ne s’inspire pas de Montaigne ou de Saint-Exupéry, elle regorge de conseils pratiques et pleins de confiance en l’être humain. Par exemple, elle me disait « N’accepte jamais les bonbons des inconnus. » « Ne laisse pas ton verre seul dans un bar. » « qui boit de la bière va pisser dru » et ; « Le bon gout des autres est rarement le nôtre. » C’est cette dernière citation qui va me servir aujourd’hui. Ayant officiellement déménagée dans un appartement parisien avec mon Doudou, je découvre les compromis quotidiens. Passer d’un « chez soi » à un « chez nous » est rarement une tâche facile.

NB : penser à porter plainte contre les créateurs de comédies romantiques pour publicité mensongère.

Aujourd’hui, après s’être mis d’accord sur un ensemble de couleurs qui pourrait nous convenir à tous les deux, nous nous sommes dirigés vers un centre commercial. Le week end. En après midi. Ces détails pour les néophytes sont sans importance, mais, pour ceux qui se sont déjà fait avoir, c’est l’avant goût de l’enfer.
Pour résumer ? Beaucoup trop de monde. Enfants en bas âge, capricieux, petits vieux qui veulent raconter chaque jour de leur vie en détail depuis leur naissance, ados en crise contre leurs parents qui s’affalent sur tous les canapés, parents renonçant à la bataille, tout y est. Bref, les conditions parfaites pour avoir une réflexion calme, constructive et agréable avec sa moitié. Nous sommes à notre cinquième boutique de décoration, à la recherche de coussins, pour sublimer notre canapé. Là, je réalise que nous ne sommes décorativement incompatibles, nous avons des goûts radicalement différents.

Intérieurement, je me maudis d’avoir passé des journées sur Pinterest à rêver de mon futur chez moi méga instagramable, que je n’aurai jamais. Je bouillonne aussi d’avoir un copain pragmatique qui veut quelque chose de « pratique. » Pourquoi, dans ma tête, « pratique » est forcément synonyme de moche ? Pourquoi ne veut-il pas comprendre qu’un ensemble de coussins différents peuvent être harmonieux s’ils sont bien choisis ? Pouvons nous vraiment rester ensemble ? Cette crise de couleurs est elle surmontable ? Saurons nous faire des compromis ? Les questions s’enchainent dans ma tête comme un film sur avance rapide. Apparait alors la vision d’horreur d’une maison sans âme et sans coeur, et pour accentuer le cauchemar, je vois l’appartement de ma meilleure ennemie somptueusement réussi, parce que bien sûr, cette fille réussi tout (Brigitte Cousin je te hais cordialement).

Pour me tirer de ma panique onirique, une vendeuse, arrive d’un pas assuré ; elle connait son pitch, rodée, des couples comme le nôtre, elle en a vus des centaines.

Elle s’adresse à moi, peut être parce que j’ai l’air de savoir ce que je veux, ou bien juste parce que je suis une fille. Alors, je pense secrètement à toutes ces années de féminisme, jetées aux toilettes en une seconde. Pourquoi n’a-t-elle pas pensé que mon Doudou pouvait avoir bon goût ? Ah oui, il a une tête pas réveillé et ses vêtements de gueux de lendemain cuite. Je retire alors ma pensée, me disant que cette fille a vraiment du flair.

« Que puis je faire pour vous ? » demande elle. Comme nous nous sommes égarés dans le rayons des rideaux autant en profiter. Je réponds avec des mots savants, lus dans des magazines de déco (tu cases rarement le mot « galon fronceur » dans une phrase tous les jours), et je sens la main de Doudou dans mon dos, j’ai la sensation galvanisante qu’il est fier que j’en connaisse un rayon (tu noteras l’astuce).

C’est là que ça se complique, je sais ce que je veux, mais comme un foyer se fait à deux, en personne mesurée et à l’écoute, je le laisse s’exprimer tout en remettant en cause mes certitudes.
Je croise ainsi le regard compatissant de la vendeuse qui me tient mentalement ce langage : « Qui veut assortir les coussins de son canapé avec ses rideaux et son tapis ? »

Sentant la tension monter et ne voulant pas avoir un énième couple qui se dispute dans sa boutique, elle nous regarde avec un sourire franc et me dirige subtilement vers la sortie de secours « vous avez pris les mesures de vos tringles ? » Oh bah ça alors ! Il va falloir revenir !

Pour résumer : Il me reste une semaine pour trouver un compromis avant de revenir chercher les rideaux. Je vais devoir penser à une série de conseils pour être plus persuasive. Je n’ai qu’une chose à dire : Bienvenue dans la vie d’adulte, je viens d’acheter un coussin et une multitude d’affaires de cuisine qui ne me serviront probablement jamais.

A suivre…

Anne  Charlotte M.

3 commentaires sur « Chronique de l’indépendance : La déco »

  1. J’adore ! Je me reconnais dans ton article, les courses déco, on les voit, on les vit mais on est vaincus, je me retrouve sans ce qui me fallait et des tas de bricoles inutiles et inutilisables.
    J’adore la touche d’humour de ton article et je verrais différemment les vendeuses dans les magasins maintenant 😉

    Aimé par 1 personne

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