Rencontre avec Francis Huster

Une scène presque vide, épurée. Quelques valises ça et là, un bureau. Sous les projecteurs, un homme, et pas des moindres : Francis Huster.
Le spectateur retient son souffle, il domine la scène, accapare tout l’espace, on attend ses premiers mots. Avide, j’imagine les premières phrases de l’Etranger. Ou peut être un Caligula ou encore un Juste. Mais non. Francis attaque, il parle de théâtre. Politique dans le théâtre, plus rien de l’arrête. J’attends doucement le Camus qui nous était promis.

Instinctivement, je sors mon carnet pour prendre des notes, pendant quelques temps je me retrouve téléportée sur les bancs de l’amphi, captivée par un professeur que je ne reverrai sûrement jamais.
Par une digression bien tournée, Camus arrive. Son enfance, sa vie, sa maladie, ses mots, ce hasard, ce prof qui l’a tant aidé. Toutes ces choses qui font que Camus est Camus et que tant qu’il y a Camus tout va. C’est la scène la plus didactique qu’il m’ait été donnée de voir. Sartre, Jean Gabin, Gallimard, puis un détour vers Poquelin et les origines de la comédie française. L’origine du monde jeu.

Une conférence habile plus qu’un monologue autour de Camus.
Avec beaucoup de bon.
Seule fausse note, le dernier Cid comme il aime s’appeler est complètement imbu de lui même. Se prenant pour Camus, à force de l’avoir jouer, il déclame un texte écrit par ses soins, que Camus aurait pu écrire. Enfin… Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire narquois, trop pompeux, trop lourd. La plume de Camus est légère et chaude, sans prétention. Elle fait mouche chaque fois et séduit pour ce qu’elle est.
Les mots de Francis sonnent durs, et porte le poids de son orgueil. Il sonne presque faux à mon oreille qui jusqu’alors était captivé par son discours. Comme quoi, n’est pas Camus qui veut, même après mille et une adaptation sur scène, même quand on est Francis Huster.

Un hymne au hasard, à la fragilité de la vie des hommes qui portent sur leurs épaules quelque chose de plus lourd qu’eux. Un discours sur la jeunesse d’aujourd’hui, une invitation à prendre la plume et à faire quelque chose. S’engager dans la culture comme on s’engage dans l’armée. Rentrer dans la littérature comme quand on rentre en religion.
Des messages forts sans être moralisateurs, un tantinet pessimiste parce qu’ils véhiculent leur lot d’existentialisme et d’absurde. Mais on sent intimement dans sa voix que c’est sa manière de motiver les troupes et de faire quelque chose à son échelle.

Francis Huster dans la peau d’Albert Camus. A voir et à revoir, ne serait ce pour le cours d’histoire.

PS : J’ai peut être été un peu dure avec ce cher Francis, mais j’ai tout de même eu mon autographe et mon moment de gloire discussion avec lui. Je ne suis que joie.

 

Anne Charlotte M.

Livre du mois

J’ai tenu bon : objectif 10 livres par mois check ! C’est ainsi que, pour vous, en bon rat de bibliothèque, je vous donne mon top trois des livres à lire au moins une fois…
Je suis aussi nerveuse que si je devais décerner un oscar !
PS : Il n’y a pas d’ordre de préférence car ils viennent de genres complètements différents… Et comme on ne mélange pas les torchons et les serviettes, on ne mélange pas le théâtre avec un roman épistolaire (mais on ne parlera d’aucun des deux aujourd’hui, désolé)

 

1) L’AUTOMNE À PÉKIN, BORIS VIAN

capture-decran-2016-12-09-a-22-50-49Un roman hilarant, cruel, absurde, déchirant, beau, complexe, complet. Tout ça à la fois. C’est là que tu me dis « T’es mignonne Anne Cha, mais quand est-ce que tu parles du livre plutôt que de donner des qualificatifs à tout va »  Promis, je vais le faire, mais d’abord, laisse-moi te parler de Boris (parce que oui, je peux dire Boris. Je l’ai tellement lu que nous sommes amis, dans un sens)
C’est un personnage. Il ne peut rentrer dans aucune case (et il ne lui en manque aucune, j’ai vérifié !) C’est un ingénieur Centralien, mais pas que ! Il est poète, écrivain, parolier, musicien de jazz, traducteur, peintre, critique… Que ne fait-il pas ? Je ne sais pas. C’est le genre de personne que tu admires et détestes à la fois. Le type de personne qui est doué pour tout et qui a le mérite de travailler pour ne pas rester sur ses acquis. Il consacre toute sa courte vie (il meurt à 39 ans) a laisser une œuvre considérable dans tous les styles.
On dit de lui que c’est un pessimiste, mais je ne suis pas d’accord, il a réussi à trouver la beauté dans le drame et seul quelqu’un de positif peut le faire.
L’automne à Pékin est une œuvre particulièrement difficile à résumer. C’est une histoire qui mêle des histoires. Des personnages qui n’ont aucun rapport entre eux mais qui se retrouvent en Exopotamie -un désert- pour y construire sur du sable (inutile de regarder ta carte, cela n’existe pas). Ces personnages sont obligés de cohabiter en vase clos. D’ailleurs, si tu n’en es pas à ton premier Vian et que tu as lu L’arrache cœur, tu pourras y retrouver le personnage d’Angel.
C’est un roman sonore, il y a tellement de détails, qu’une forme de musique s’installe. On entendrait presque les dialogues. Le narrateur est un personnage à part entière car il juge, se moque et réagit en fonction des agissements des personnages, c’est en partie lui qui donne cette vision tragicomique au livre
Je ne voulais pas faire de favoritisme dans ce classement mais j’avoue que ce roman fait partie de mes chouchous pour la vie. L’atmosphère est complètement folle, voire délirante, sans jamais être pesante pour le lecteur même lorsque l’ambiance du livre devient lourde…

2) CARTONS, PASCAL GARNIER

capture-decran-2016-12-09-a-22-50-33Tout commence par hasard, alors que je refaisais mon stock de livres chez ma mère. Cartons s’est glissé dans ma pile, je me dis qu’il s’agit d’un geste du destin et ne prends même pas le temps de lire la quatrième de couverture. Arrivée chez moi, je me dis « tiens, et si je lisais quelques pages ? » Me souvenant qu’un intrus s’est introduit dans ma liste, je regarde le nom de l’écrivain, inconnu au bataillon. Par curiosité, je feuillette… Je n’ai tout simplement pas réussi à le lâcher. L’histoire est simple, facile à lire et pourtant si riche en détails.

Brice, illustrateur pour enfant, déménage dans un bled paumé. Il quitte son appartement Lyonnais où il avait toutes ses habitudes pour une maison. Il s’est s’occupé de son déménagement sans sa femme, Emma, qui, étant journaliste, est absente et semble perdue quelque part en Egypte. Personne n’a de nouvelles d’elle. C’est ainsi que Brice se retrouve seul, sans repère dans une maison vide. Enfin, presque, puisqu’elle reste pleine de cartons à moitié éventrés.
Au village, Brice rencontre Blanche, une femme sans âge dont la vie s’est arrêtée lors de la mort de son père. C’est une sorte d’elfe qui peu à peu tente d’apprivoiser Brice avec du Viandox (ou le plus gros placement de produit de l’histoire du livre).
Peu à peu, le livre sombre dans une atmosphère sombre et oppressante sans en avoir l’air… D’une page à l’autre, on passe d’un fou rire à un sursaut.

3) QUAND LA BEAUTÉ NOUS SAUVE, CHARLES PÉPIN

Capture d’écran 2016-12-09 à 22.50.11.pngBon, je vous préviens, je ne serai pas objective car l’œuvre que je vais vous présenter est de mon ancien professeur de philosophie. Là je vous vois venir « bouh, tu nous parles de philo. Bouh, ça va être nul à mourir. Bouh, j’arrête de lire ! » Eh bien que nenni mon enfant ! Déjà, je te répondrais que la philo n’est pas ennuyeuse lorsque tu as un bon angle d’attaque (sauf Kant). Et c’est ce que montre Pépinou (coucou monsieur) à chacun de ses cours/conférences/livres (rayez les mentions inutiles.)
Charles (si je puis me permettre) réfléchit sur la beauté, sur ce qu’elle nous fait, ce qu’elle produit en nous. On sort complètement des analyses d’art qui t’expliquent que tu dois aimer une œuvre pour sa technique. Au lieu de quoi, on t’offre le sentiment de liberté d’aimer la beauté. Bien plus qu’une vision superficielle, la beauté a un but inconscient nettement plus profond. Elle nous réconcilie avec nous-mêmes (noumène, tu saisis ?), nous donne quelques instants sans contradiction, et nous apaise. On dit que la musique adoucit les mœurs, mais c’est la beauté de cette musique qui t’adoucie (sauf si tu es adepte du pogo, c’est pas grave, je t’aime quand même). C’est un moment où tu es plus ouvert au dialogue et où tu peux tout simplement essayer de voir le monde différemment. Finalement, chaque émotion esthétique te donne l’occasion de prendre un nouveau départ pendant quelques secondes. La Beauté serait elle donc le chemin de la liberté ?

Et toi, quel est ton livre préféré ?

Anne Charlotte M